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Interview de Globestoppeuse – Partie 1

Interview de Globestoppeuse – Partie 1

Mis à jour le 26 novembre 2018 | , , ,
Publié le 31 mars 2012

Anick-Marie est une grande voyageuse. Elle parcourt le monde en stop, en couchsurfing, et en testant toutes les façons alternatives de voyager. Elle donne tous ses conseils, coups de cœur, anecdotes sur son blog, Globestoppeuse. On a décidé d’interviewer ce personnage attachant de la blogosphère voyage. Partie 1.

– Globestoppeuse c’est quoi ?

Globestoppeuse, c’est tout d’abord mon identité en ligne, une voyageuse bloggeuse globe-trotteuse qui affectionne particulièrement l’auto-stop. C’est donc aussi le nom de mon blog où je publie des critiques de livres et de films liés au voyage, des articles de conseils, des réponses aux questions de femmes qui m’écrivent et quelques mots sur mes conférences et publications à venir.

– Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Anick-Marie, j’ai trente ans et en ce moment, j’ai les cheveux roses comme la couleur de mon blog ! Je suis Canadienne francophone d’origine Acadienne, née dans un petit paradis sur mer sur la côte est. Je vis de façon semi-nomade depuis 9 ans déjà, parfois en Europe (un peu plus de 4 ans), souvent au Canada, mais avant tout « sur la route ». Ça veut dire que je mets vraiment les voiles quand je repars, je ne garde alors d’attaches nulle part.

– Et tu fais quoi comme métier ?

Côté carrière, je n’en ai pas vraiment. Écrivaine et conférencière sont mes derniers titres, mais j’ai enseigné le français, corrigé des livres et des articles, trié des colis, analysé des pommes de terre dans un labo de bactériologie, géré des équipements de protection individuelle dans une raffinerie de sucre, développé l’animation et la gestion environnementale dans un lycée, contrôlé les taux de métaux dans des bassins d’électroplaquage de boutons-pression, fait réceptionniste dans une clinique vétérinaire… Ma formation est tout aussi éclatée : j’ai fait 5 ans de formation dans des domaines techniques (santé industrielle et administration), et 5 ans d’université en biophysique, sciences po, éducation et anthropologie… J’aime apprendre !

– Tu vis stop, lis stop, parle stop… Pourquoi ?

La mobilité est au cœur de mon mode de vie. La pratique de l’auto-stop en est selon moi la quintessence, recoupant une multitude de valeurs sur lesquelles j’aligne ma vie. Écologique, il s’agit d’un moyen de transport d’optimisation de ressources déjà existantes et consommées. Humain, il repose sur une relation d’interdépendance temporaire, de partage. Économique car il s’inscrit dans une optique de décroissance, de sobriété. Aventurier, enfin, car on s’en remet en quelques sorte à la Providence, prenant le temps de rêver, de vivre avec soi-même et de ressentir la personnalité des autres.

Avec le temps, l’auto-stop est devenu pour moi une affirmation encore plus puissante, interculturelle, interlinguistique, féministe et anti-sécuritaire. À lire les grands récits d’auto-stop autour du monde, on se prend de vouloir dire (et vivre) tout haut nous aussi comme Brugiroux pour qui « La terre n’est qu’un seul pays ».

– Quels sont tes autres façons de voyager ? de te déplacer ?

Je voyage avec un budget minime, soit environ 5 € par jour dont la grande majorité est utilisée pour le transport en commun local, une fraction pour de la nourriture et le reste pour des cadeaux comme du chocolat noir à partager avec mes hôtes. Cette contrainte monétaire m’amène à user de créativité dans mes voyages, privilégiant la lenteur, l’échange, les relations humaines et la sobriété. Jusqu’à présent, j’ai surtout utilisé le stop pour me déplacer, mais aussi le train (parfois en train-stop), le covoiturage et l’avion pour de très distances transocéaniques. J’aimerais essayer le bateau-stop dans les prochaines années, mettre en pratique toutes les connaissances que j’ai amassées au contact de bateaux-stoppeurs dans les dernières années…

– Et tu dors où ? Tu manges où ?

Pour ce qui est de l’hébergement, je suis généralement invitée par des contacts. J’ai été longtemps bénévole pour CouchSurfing, ce qui m’a permis de rencontrer beaucoup de gens et d’acquérir une solide réputation. Mais il faut aussi comprendre que je retourne souvent à des endroits où je suis passée auparavant, entretenant mes contacts. Je noue donc de véritables amitiés. Il est assez rare que je me dirige dans des directions tout à fait nouvelles, mais lorsque je le fais, je privilégie les réseaux hospex. Je voyageais avec une tente, maintenant une bâche-ponch. Je dors parfois avec les routiers, sur la seconde couchette. Plus rarement, je suis hébergée spontanément par mes conducteurs ou des gens rencontrés sur la route.

Enfin, je m’alimente majoritairement d’aliments récupérés sur les marchés ou de dons qui sont ensuite partagés avec les hôtes suivants, établissant ainsi une grande chaîne de récupération et de solidarité.

Anick-Marie de Globestoppeuse

Anick-Marie de Globestoppeuse      © AMB

– Tu sembles tester toutes les nouvelles tendances alternatives du voyage. Tu t’es un peu spécialisé dans ce domaine ?

Tout à fait ! Il y a quelques années, je pouvais dire que j’étais très versée dans les hospex et le CouchSurfing puisque je travaillais pour leur équipe de sécurité, me donnant ainsi une connaissance intime privilégiée des dessous de ces réseaux. L’auto-stop est dans ma vie depuis plus longtemps et j’ai plus de 80 000 km d’expérience sous la ceinture. Le reste m’est venu au fil de ma collaboration avec Nans Thomassey et Guillaume Charroin, co-auteurs avec moi d’un guide à paraître sous peu et détaillant une foule de pratiques alternatives, La bible du grand voyageur.

– Qui sont ceux qui te prennent en stop ? Un profil ?

Les grands clichés sont les anciens auto-stoppeurs, les routiers, les commerciaux, les inquiets (beaucoup de femmes) et les perdus. J’y ai d’ailleurs consacré un article. J’ai depuis commencé à recueillir des données plus précises pour valider et affiner cette typologie très empirique et faire des comparaisons en fonction de la zone géographique, etc. Par exemple, beaucoup de femmes m’ont prise en Suède, alors qu’aucune ne m’a prise en Turquie, à l’exception d’une famille sur la côte. Il faut d’ailleurs noter qu’il y a là-bas une proportion inférieure de femmes conductrices et même de véhicules appartenant à des particuliers.

– Le fait d’être une femme aide-t-il à faire du stop ? N’est-ce pas un peu dangereux ?

Il est évident que ma condition de femme m’est constamment rappelée lorsque je fais du stop. Ça m’a pris du temps à me l’avouer puisque j’ai toujours été mon propre « genre » de référence : pour moi, le stop ne se pratique qu’au féminin, je ne peux m’en défaire. C’est d’ailleurs en écoutant les discours des hommes que j’ai réalisé à quel point ma décision de faire de l’auto-stop était féministe par nature.

Les femmes attendent moins longtemps au bord de la route que les hommes, en moyenne. Elles font moins peur aux conducteurs et conductrices méfiants et attirent la sympathie de beaucoup. Par ailleurs, elles vivent plus fréquemment du harcèlement ou des agressions sexuelles et certains comportements présentent beaucoup plus de risques, comme s’assoupir ou voyager en soirée.

– Tu mets très peu en avant tes photos de voyages, pourquoi ?

Tant de gens en prennent de si belles ! Je suis plus une personne de connaissances et de relations, une sociale-érudite, si l’on veut, qu’une artiste photographe. À vrai dire, je viens d’acheter mon premier appareil photo il y a quelques semaines… Peut-être aurai-je bientôt de plus belles images à montrer ?

Je préfère aussi que mon blog ait une saveur plus journalistique, avec des faits divers, des chroniques sur les pratiques plutôt que des récits de voyage, ce qui diluerait mon contenu utile. En attendant, on peut trouver mes anecdotes en invitée sur le blog/portail Moi mes souliers.

Anick-Marie de Globestoppeuse

Anick-Marie de Globestoppeuse      © AMB

Si vous aimez cette interview faites aussi la connaissance de Vizeo, Dji Supertramp, de Romain World Tour et de Madame Oreille.