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Johanna Schipper : Nunavik, le rêve blanc

Johanna Schipper : Nunavik, le rêve blanc

Mis à jour le 30 novembre 2018 | , ,
Publié le 11 septembre 2011

L’histoire se passe là-haut. Tout là-haut, dans le Grand Nord. Au Nunavik. Là où le sol gèle. Là où l’hiver, les températures frisent avec les -60°C. Là où il n’y pas d’arbres. Mais pour cette auteure de bandes dessinées*, tout a réellement commencé au chaud, dans sa tête, il y a quelques décennies. Un rêve d’enfant, un songe blanc, un désir tenace. Alors un jour, ça y est, elle s’envole vers ce territoire, inconnu et fascinant. Quarante-cinq jours, pour animer des ateliers de dessin dans de petites communautés d’une centaine d’habitants. Johanna est revenue. Avec un blog, avec de jolis dessins et avec de belles histoires à raconter, à l’abri, non loin du feu…

Peux-tu, tout d’abord, nous présenter le Nunavik ?

Le Nunavik, c’est un territoire au nord de la province du Québec, situé après la lisière des arbres. C’est le début de la banquise en fait, il n’y a plus d’arbres et c’est la toundra à perte de vue et, par terre, le permafrost (sol dont la température reste en dessous de 0°C pendant plus de deux ans consécutifs). C’est une nature minérale, faite plutôt par les éléments : le vent, le froid, la neige, les rochers,… C’est assez brutal en fait et malheureusement, on ne peut pas rester des heures dehors à contempler les paysages, donc ça passe par le corps. Et ça demande de dépasser beaucoup de peurs, car on est vraiment tout petit petit dans cet environnement. On n’a pas de repères, il y a plein de petits trucs à savoir pour tenir et ça, ce ne sont que les Inuits qui habitent ici qui peuvent vous l’enseigner.

Comment se fait le contact avec les Inuits ? Ca ne doit pas être simple…

Dans certains pays, on peut avoir un contact un peu « mondain » avec les gens du pays et avoir une idée de celui-ci via les discussions. Au Nunavik, il n’y a pas d’occasion de prendre un café, pas de restaurants, pas de cinéma,.. On ne reste pas dans la rue à regarder les gens passer et, d’ailleurs, il y a très peu de gens. Ce qui fait aussi qu’on n’est pas anonyme. Je ne connaissais personne sur place et si tu veux avoir des informations ou que tu as besoin d’aide, tu dois apprendre à faire confiance. Et, du coup, le premier que tu vois, tu lui parles. Et ça pour nous, citadins, ce n’est pas facile…

Justement, les Inuits sont-ils faciles à aborder ? Et accueillants ?

Tout d’abord il faut savoir que les gens du Nord (Inuits) sont habitués à voir venir les gens du Sud (Québécois) : des enseignants, des policiers, des infirmiers, des médecins, des travailleurs sociaux ou encore des professionnels de la construction. Et puis ils sont ouverts sur le monde : ils ont la télé et des paraboles, ils voyagent pas mal d’une communauté à l’autre, les enfants partent pour faire leurs études puis reviennent,… En fait les Inuits connaissent mieux le sud que les québécois ne connaissent le nord ! Il n’y avait donc pas de curiosité particulière vis-à-vis de moi, étrangère. Pas d’animosité non plus. Juste un stress, mais inhérent à la communauté elle-même, par rapport à l’alcoolisme et à la violence, notamment conjugale. Je ne l’ai pas vu, mais on m’en a parlé…

Grâce aux enseignants, tu as pu te glisser dans la communauté… Quelle est leur façon de vivre, de voir les choses, dans cet univers hostile ?

La communauté est exactement à l’image du climat : changeant. On n’est jamais intégré à 100%. Ca peut très bien se passer et puis tout d’un coup, bam, ça se passe mal et on ne sait pas pourquoi. Leur côté nonchalant peut parfois agacer : chez eux, c’est chaque chose en son temps. Si ça se fait, ça se fait. Et si ça se fait pas, ça se fait pas. D’ailleurs, ils jouent un peu avec ça et avec les nerfs des « blancs » qui veulent que tout soit réglé rapidement. Donc il faut lâcher prise et ne pas vouloir être tout le temps un « petit parfait », comme ils nous appellent ! Il faut donc accepter et s’adapter pour laisser place à autre chose : leur rapport ludique aux choses, le fait que l’on s’amuse de ce qu’on peut,… Et puis ce que j’ai le plus apprécié, c’est le fait de vivre le moment présent. Leur rapport au réel est très fort. C’est le réel, le réel et le réel. Le concret. On est en vigilance permanente. Par exemple, psour chasser c’est maintenant. Après, c’est plus l’heure, car avec la glace, le temps,… ça peut vite virer à la catastrophe. Ca n’empêche pas l’imaginaire pour autant, mais on n’est pas dans l’illusion du temps et ça fait du bien.

Ton prochain voyage, ce sera où ?

Certainement au Québec, pour l’exposition faite à partir du blog et pour voir si je pourrais retourner au Nunavik, histoire de continuer le travail, faire d’autres ateliers. Mais ce n’est pas sûr, c’est encore à l’état de projet. Sinon, je retournerai peut-être à Taïwan. J’y ai vécu, petite. C’est une région du Pacifique en train de changer constamment. Je voudrais y retourner avec autre chose que ma nostalgie d’enfant, pour voir où ils en sont aujourd’hui.

Le blog de Johanna Schipper, relatant son séjour au Nunavik : http://lescontesdujournouveau.blogspot.com

* – Née quelque part, 2004, Delcourt
– Nos âmes sauvages, 2007, Futuropolis
– Le printemps refleurira, 2010, Furutopolis
… et bien d’autres !

Et vous, vous êtes déjà allés dans le Grand Nord ou dans des régions polaires ? Racontez vos souvenirs, donnez vos impressions !

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