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Olivier Lemire : Marche, marcheur, marcher

Olivier Lemire : Marche, marcheur, marcher

Mis à jour le 3 décembre 2018 | , ,
Publié le 17 avril 2011

Il ne les compte pas. Les pas. Les kilomètres, si, mais c’est presque anecdotique. Et puis passés les 2 500 km à pied, on n’est plus à quelques centaines près… Profession : correspondant géographique. Occupation : marcher. C’est lui qui le dit. Et c’est lui qui a sillonné une partie de la France pendant des mois, suivant une géographie aux noms évocateurs. Des lieux, bien réels, qui permettent à Olivier d’affirmer avoir marché entre la Vie et la Mort, du Plaisir au Bonheur en passant par L’Inquiétude, La Foi et L’Amitié…

Vous avez marché à travers la France, les noms des lieux-dits et le désir d’atteindre un cours d’eau nommé « le Bonheur » en fil rouge. Tout cela n’était qu’un prétexte à la rencontre, non ?

C’est d’abord le désir de vivre dehors qui m’amène sur les routes et les chemins de France. Il se trouve que des gens habitent sur ces territoires que je traverse, et que je désire enrichir mon voyage de l’expérience de la rencontre avec les autres. Nos échanges donnent un sens supplémentaire à mes périples, mais il ne s’agit pas de la rencontre pour la rencontre, exercice un peu vain selon moi.

Cela veut dire que sans cette marche vers « le Bonheur », ces rencontres n’auraient pas eu de sens, pour vous ?

Effectivement. Je m’intéresse au sens du cheminement, au travers de la marche à pied. Mais en marchant vers « le Bonheur », ou encore vers « la Lumière », « le Bout du Monde » ou « la Mort », ces hameaux de France, comme je l’ai fait précédemment, je donne un sens complémentaire à la marche à pied. Marcher vers « le Bonheur », la rivière cévenole qui était au bout de mon dernier voyage, n’a pas toujours été de tout repos : on dit en effet que le bonheur réside dans la capacité à savoir vivre pleinement l’instant présent…

Qui rencontre-t-on, lors d’un tel périple ?

On rencontre des retraités remuant la terre de leur potager, des paysans descendant de leur tracteurs, des néo-ruraux venus se mettre au vert pour leurs vieux jours, et, à l’approche des villes, parfois un jogger égaré ou un cycliste bariolé. L’accueil est le plus souvent bienveillant. La méfiance est quasi absente.

Les gens ressemblent-ils aux lieux qu’ils habitent ? Ou est-ce l’inverse ?

Les gens oublient le plus souvent la puissance ou la poésie du nom du lieu qu’ils habitent. Ils rentrent tous les jours sans y prêter attention leur voiture dans le parking de « l’Inquiétude » ou de « l’Amitié ». En revanche, mon arrivée réveille souvent la conscience de leur vie dans ces lieux. Cela dit les habitantes de « la Sagesse » étaient réellement sages, et les propriétaires de « l’Amitié » vraiment amicaux…

Finalement, ce sont les gens bien plus que les lieux eux-mêmes qui vous ont marqué…

C’est surtout la proximité des gens avec le signe du lieu-dit qu’ils habitent. C’est une chose de photographier le panneau « la Vie », ou encore les trois mamies qui y habitent. C’en est une autre de photographier les trois mamies devant le panneau « la Vie ». Cette coexistence est le sujet de mon prochain voyage

Comme pour toutes ces rencontres, pour vous loger le soir, vous improvisiez ?

Parfois on me propose une couche quelque part, et j’en suis heureux, mais ce n’est pas un objectif que je recherche. J’adore les hôtels de préfecture pour leur charme désuet, et les chambres d’hôtes aussi ! Quant au camping il ne me convient pas car trop lourd logistiquement et pas assez social !

Nous qui la voyons derrière les vitres d’un train ou d’une voiture, on se demande à quoi elle ressemble, cette France à pied… Alors ?

C’est d’abord un immense territoire que la marche remet à sa juste dimension. C’est ensuite un pays très agricole, où la majorité du territoire est dédiée à l’agriculture. C’est enfin un pays miné par le mitage pavillonnaire, et ça ce n’est pas un compliment…

Finalement, qu’est-ce-qui est plus difficile : le début du voyage et ses souffrances (la réadaptation physique et mentale) ou les derniers kilomètres, quand on sait que le voyage se termine et que l’on va devoir rentrer… ?

Le voyage se déroule au rythme de ses propres fluctuations psychologiques, mais c’est vrai qu’il y a une sorte d’euphorie au départ, et une petite dépression une fois arrivé, car le corps réclame un effort et une relation à la nature que vous ne lui donnez plus. Une sorte de dépression post accouchement…

Et votre prochain voyage, ce sera où ?

Je pars fin avril faire un Tour de France des lieux-dits, dans le but d’obtenir de nombreux portraits des habitants de lieux-dits que je ne connais pas encore et dont le nom est un puissant stimulant : « le Désir », « Ecoute s’il pleut », « l’Ennui » ou encore « Judas » n’auront bientôt plus de secret pour moi !

A lire :

– « L’Esprit du chemin, Voyage aux sources du Bonheur », 2001, éd. Transboréal.
– « Celui qui marche », 2008, éd. Le Cherche-Midi.

Le blog d’Olivier Lemire : Celuiquimarche

Et vous, vous avez déjà arpenté la France à pied ? Quels sont vos sentiers de randonnées préférés ? Partagez-les !
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