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Patricia Loison : souvenirs de Zambie

Patricia Loison : souvenirs de Zambie

Mis à jour le 20 juin 2019 |
Publié le 21 mars 2011

Il avait un sourire irradiant. Large, blanc, sur son visage sombre, sous le soleil à pic de midi, en Zambie. 45 degrés au bas mot. Il s’appelait Henry. Il m’a touché en plein coeur. En quelques mots. Inattendus.

Même en voyage, les yeux remplis d’images de safari – d’impalas bondissants, de pintades bleues, de lions ronronnant le ventre plein…- on promène nos lignes de failles avec nous…

Nous avions rendez-vous avec lui en pleine brousse, dans son école, pour parler de l’éducation dans son pays, l’un des plus pauvres au monde. Chris, notre guide avait choisi cette école parce qu’il y avait lui-même fait son apprentissage et qu’il était reconnaissant envers ce merveilleux proviseur. Distingué, en costume malgré la chaleur, Henry avançait sous le soleil vers les panneaux en bois ornés d’une écriture d’enfant attachés aux branches de l’arbre de la cour.

Je voulais qu’il m’explique pourquoi il avait accroché ces slogans inspirés du Vatican dans son école pour sensibiliser ses élèves à la propagation du sida qui fait des ravages en Afrique noire. Certes une église finançait en partie son matériel scolaire, mais il ne partageait pas complètement les convictions de l’Eglise. Il pensait cependant que la prévention était importante pour ses élèves. Que les protéger de l’épidémie à sa manière, avec des mots d’enfant, c’était aussi assurer leur avenir. Il accueillait dans ses classes de nombreux orphelins du sida. « C’est une blessure, me dit-il, en plantant ses yeux dans les miens, personne ne grandit bien sans sa mère, comment cela pourrait-il être possible…?  »

Touchée, et presque coulée… Je retiens mes larmes. Henry ne connaît pas mon histoire, mais a parlé à mon coeur sans le savoir. Ou a deviné…Sait-on jamais…

Le dialogue qui suit est comme dédoublé. Face aux caméras, je poursuis l’interview, sous le charme de cet homme bon, qui consacre sa vie à ces enfants. Dans ma tête, une petite voix réfléchit. J’ai grandi sans ma mère véritable moi…Et j’ai réussi, plus ou moins je crois…Tant dans ma vie personnelle que professionnelle.

Que veut dire Henry ? Que le voyage, ce n’est pas seulement prendre des avions pour découvrir la planète ? Qu’on peut accumuler les miles sans connaître son propre continent intérieur ? Que ces rencontres inattendues nous poussent à nous connaître nous-mêmes ? A nous interroger ?

Je n’ai pas de réponse à sa question aujourd’hui. J’aime infiniment les gens qui m’ont élevée. Mais cette phrase empreinte de tant d’empathie d’un proviseur distingué au costume impeccable rencontré sous le soleil africain a poussé une porte, fermée encore au fond de moi…

Vers d’autres visages ? Un autre pays ? D’autres rencontres…possibles…

Patricia Loison, journaliste, présentatrice du Soir 3

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