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Avec notre auteur à Versailles

Avec notre auteur à Versailles

Mis à jour le 26 novembre 2018 |
Publié le 9 février 2013

Par Gaelle Redon, auteur de guides Évasion

J’arrivais d’Amsterdam, j’avais écrit la semaine d’avant un article sur Gaudi à Barcelone (pour ce blog). Et demain c’était Versailles. Je n’avais volontairement rien préparé. J’aime les premières fois, et visiter d’abord « dans les conditions du lecteur ». C’est mon truc… J’ai choisi un samedi, première heure. Rendez-vous à neuf heures, la tête enfarinée. Pour Versailles, c’était bien. Deux heures après, j’étais lessivée, voire déçue. Versailles était vide.

Tempête sous un crâne

Des marbres, des dorures, des volumes, j’en ai vu plein. Et raconter la vie d’un château, où qu’on soit sur la planète, c’est délicat. Rien n’est vraiment à sa place. Comment différencier l’authentique de la mise en scène ? Où sont les vrais mobiliers ? Quelles étaient les vraies fonctions des pièces ? Dans ma tête, je ne sais pas pourquoi, je voulais revoir la salle du Trône du palais royal à Madrid, Tsarskoïe Selo à Saint-Pétersbourg ou le Ca’ Rezzonico de Venise, plus glamour.

Ah bon, la salle du Jeu de Paume existe encore ?

À Versailles je trouvais tout petit. Même le salon d’Hercule, avec son Véronèse de 46 mètres carrés, me laissait froide. Gloups. Parfois un auteur est blasé, mais heureusement il le sait. Et que venait faire une « avenue Rockfeller » en plein milieu de la place d’Armes ? Pourquoi Louis XVI n’avait-il pas de favorite ? Marie-Antoinette est-elle la première « femme à la française » ? Quelle était la politique de restauration au XIXe siècle pour avoir tant peu préservé le château ? Ah bon, la salle du Jeu de Paume existe encore ?… On était au mois de janvier et il pleuvait.

L’océan technologique

Sûr, j’étais de sale humeur, mais, pour être franche, je n’aime pas aller voir « chez les autres ». Je ressens un voyeurisme idiot, complètement déconnecté de l’histoire. Et voir dans l’enfilade des salons une armada de tablettes tactiles prendre des photos et entendre le volume à fond des audioguides… ça casse l’ambiance. Mais si Versailles n’était pas, quand même, le ventre de la République ? Et au tréfonds de notre histoire collective, voire de moi-même, notre lieu à nous ?

Marie-Antoinette… c’est nous ?

Quelques jours passent. Deuxième visite, nettement plus documentée cette fois (c’est quand même mon travail !). J’avais parcouru l’ouvrage de Pierre Verlet (éd. Fayard), vu la « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola, l’ahurissant film québécois sur « La Véritable Histoire de Marie-Antoinette » (où les décors sont tournés sans comédiens, où les comédiens ont tourné sans décors…), vu le DVD sur la restauration de la galerie des Glaces. J’ai fait les visites commentées, dans l’ordre et en écoutant bien…

L’histoire oui, mais laquelle ?

Et puis, aux auteurs, on donne des documents que vous n’avez pas, de loooongs documents qu’on absorbe lentement, pour comprendre, prendre de la distance entre ce qu’on voit et ce qui a eu lieu. Oui, prendre de la distance. Parce que – ce n’est pas que les feuilles d’or de Versailles soient mal posées – mais, dès qu’on « gratte », c’est une masse extraordinaire d’informations, précises, consignées par l’histoire, qui nous parvient. Plus on plonge en verticalité, plus ça s’ouvre, s’élargit.

Versailles, version 2013

Mon éditeur m’avait dit : « Tu ne décris rien, tu racontes l’Histoire à travers la petite histoire. » Heu, quelles anecdotes choisir pour résumer la Grande, me dis-je ? D’autant que ce reportage ne ferait que 20 pages… et pas 120. Partagée entre cette consigne et ma curiosité – impossible d’être un auteur de guides si la curiosité sur le terrain n’est pas une addiction –, j’ai préféré restituer un instantané de Versailles… en 2013. Qui soit à peu près logique, cohérent, et bien évidemment sincèrement subjectif ! La volonté et la passion des chercheurs, conservateurs et historiens pour restaurer Versailles font du château un lieu extrêmement vivant, accessible, autant tourné vers ses racines, ses tumultes, ses erreurs… que projeté dans un désir de restaurations et de faire-savoir. C’est cet esprit-là, pour moi, qui aujourd’hui habite Versailles.

Image à  la Une : www.flickr.com/photos/aigle_dore/5238545698/    © Moyan Brenn    Berkut83@hotmail.it

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